L'exploitation minière peut apporter d'importantes opportunités économiques aux communautés locales, mais elle peut également transformer les modes de vie, les cultures, les moyens de subsistance, la politique, les structures communautaires et la dynamique du pouvoir. Ces effets peuvent être ressentis très différemment au sein d’une communauté. Pour les femmes et les filles, déjà victimes de discrimination au travail et dans leurs communautés, les effets de l’exploitation minière peuvent être influencés par des facteurs croisés, notamment l’origine socioculturelle, l’âge, la classe économique, la sexualité, l’éducation et le handicap. Comprendre ces impacts avant le début des opérations – et planifier en conséquence – est essentiel à la fois pour le bien-être des communautés locales ainsi que pour les sociétés minières qui ont besoin d’un permis social pour fonctionner.
Les gouvernements sont bien placés pour remédier à la situation en incluant l’analyse de genre comme exigence des évaluations d’impact.
Le Forum intergouvernemental sur les mines, les minéraux, les métaux et le développement durable (IGF) a récemment publié un examen global des boîtes à outils, des lignes directrices et des cadres juridiques qui ont été développés et déployés par les gouvernements, les organisations internationales et les groupes de la société civile pour identifier et traiter les impacts sexospécifiques des opérations minières. Le plus souvent, ces outils et cadres adoptent l’une des trois approches suivantes :
L'espace IGF a constaté que malgré les nombreuses méthodologies disponibles, les gouvernements, les sociétés minières et les autres parties prenantes ne mènent pas d'analyse de genre suffisamment complète, systémique et structurée. Cette constatation se retrouve dans le Indice minier responsable 2022, qui a révélé que très peu de sociétés minières évaluent les impacts sexospécifiques.
Alors que de nombreuses sociétés minières ont développé des critères ESG, les recherches montrent que les dispositions liées aux impacts de genre restent largement absentes.
Les gouvernements sont bien placés pour remédier à la situation en incluant l’analyse de genre comme exigence des évaluations d’impact. Le Canada se démarque à cet égard, avec son Loi sur l'évaluation d'impact qui exige que les promoteurs de projets d’infrastructure à grande échelle, y compris miniers, mènent des évaluations qui tiennent compte « des effets sanitaires, sociaux et économiques, y compris en ce qui concerne l’intersection du sexe et du genre avec d’autres facteurs d’identité ». Le gouvernement canadien favorise également l'application du Analyse comparative entre les sexes plus cadre d’analyse pour analyser les intersections du genre avec divers facteurs d’identité au cours du processus d’évaluation d’impact. Il est important de noter que ces politiques ont amené avec succès leurs promoteurs dans le pays à entreprendre des analyses de genre. De même, les Pays-Bas disposent d'un cadre pour intégrer les dimensions de genre dans le processus d'EIES pour les projets à l'étranger soutenus par le programme de coopération internationale du gouvernement, et le Pérou a suivi l'exemple du Canada et travaille sur des indicateurs spécifiques au genre. Cela peut indiquer qu’une tendance positive se dessine, mais jusqu’à présent, seuls quelques pays font des progrès.
Les organisations communautaires, l’industrie et les gouvernements doivent tous prendre des mesures pour garantir que les évaluations d’impact incluent une analyse comparative entre les sexes.
La société civile ou les groupes communautaires peuvent prendre l’initiative et mener des analyses de genre ou des évaluations d’impact sur le genre qui peuvent alimenter les processus d’évaluation d’impact. Dans un cas, Oxfam Zambie donner l'exemple et mis en œuvre une approche structurée pour inclure les voix et l'action des femmes pendant le processus d'EIES pour un projet minier. Dans ce cas, les autorités et le promoteur du projet ont accueilli positivement le travail d'Oxfam et ont pris en compte les préoccupations des femmes de la communauté locale. Lorsque les parties prenantes adhèrent ainsi au travail de la société civile, celui-ci peut devenir une pratique durable. D'autres groupes, dont le Réseau féministe du Nord et Association des femmes autochtones du Canada, ont développé des outils et des lignes directrices pour les gouvernements et les entreprises et ont soutenu les évaluations d’impact sur le genre menées par les communautés.
Un autre moyen potentiel d’encourager de meilleures pratiques consiste à renforcer les normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Même si de nombreuses sociétés minières ont développé des critères ESG, les recherches montrent que les dispositions liées aux impacts de genre restent largement absent. Améliorer les normes ESG de cette manière nécessitera de sensibiliser les investisseurs, qui exigeront donc que les entreprises fassent mieux pour comprendre et planifier la manière dont les femmes, les filles et d'autres groupes historiquement sous-représentés sont particulièrement affectés par l'exploitation minière.
L’écart entre le large éventail d’outils et de ressources disponibles pour intégrer le genre dans les évaluations d’impact et leur manque d’utilisation met en évidence la façon dont les décideurs continuent de négliger les femmes et les filles dans les communautés minières. La voie à suivre est claire, mais l’action est absente. Les organisations communautaires, l’industrie et les gouvernements doivent tous prendre des mesures pour garantir que les évaluations d’impact incluent une analyse comparative entre les sexes.